Introduction à la notion de décroissance « réelle »

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Qu’est-ce que la décroissance ? Au delà d’un simple mot, que d’aucuns ont cru nécessaire de nommer mot obus, c’est tout un imaginaire multiforme qui s’exprime au sein de mouvances diversifiées mais rarement branchées sur une longueur d’onde identique entre elles. Tout comme le mot démocratie, qui désigne le mode d’exercice du pouvoir par le peuple, mais qui, après un détournement sémantique au profit du mode d’exercice du pouvoir par un groupe restreint, se confond maintenant avec le mot oligocratie, le mot décroissance, après une tentative de détournement sémantique d’un autre genre, serait censé désigner le désir de faire décroître l’activité économique, alors qu’il désigne tout simplement la constatation de l’état de quelque chose qui diminue. C’est ainsi que, dans un cas comme dans l’autre, les gens respectueux du fait de nommer les choses par leur vrai nom sont contraints, à leur grand regret et à leur corps défendant, d’accoler un adjectif supplétif au mot original pour rappeler son sens originel et pointer sa regrettable usurpation. C’est ainsi qu’à été créé le mot composé démocratie directe pour désigner la vraie démocratie et dénoncer par là même le hold-up réalisé par les oligocrates sur le mot démocratie et le détournement de sens qu’ils ont perpétré. Et c’est ainsi que, dans le même esprit, nous proposons le mot composé décroissance réelle, afin de bien le distinguer du mot simple décroissance auquel certains se sont efforcés de conférer un sens différent de celui qu’il devrait avoir.

Il est intéressant de remarquer que, dans un cas comme dans l’autre, il est nécessaire de recourir au pléonasme pour rétablir la réalité des termes syntaxiques. Car démocratie directe est bien un pléonasme, puisque la démocratie c’est précisément l’exercice direct du pouvoir par le peuple. Et décroissance réelle est également un pléonasme puisque la décroissance, c’est précisément l’état constaté de quelque chose qui diminue.

Cette notion nouvelle de décroissance réelle contient en elle l’idée que la décroissance n’est pas une idéologie, ni une philosophie, ni, encore moins, une religion, mais que c’est une réalité prochaine, une évolution inéluctable quoi qu’on fasse liée à la simple application des lois de la physique dont la société industrielle a cru pouvoir s’affranchir, évolution dont la première phase est sans doute déjà amorcée mais qui n’est pas visible à l’oeil nu.  La date de survenue de la phase visible de cette évolution inéluctable dépendant toutefois d’un certain nombre de facteurs et, de ce fait, ne pouvant pas être fixée avec précision.

La théorie de la décroissance réelle est issue d’une démonstration scientifiques, chiffres à l’appui, que le système de la croissance est proche d’un état de banqueroute généralisée, c’est à dire d’une rupture fatale.

La décroissance réelle nous conduit à dire et à répéter inlassablement que la question qui se pose à nous n’est pas tant de savoir si nous sommes pour ou contre la décroissance, mais bien plutôt de savoir comment nous allons pouvoir nous adapter au déclin inéluctable de notre système industriel, tout en évitant l’effondrement.

La seule décroissance pouvant être qualifiée de réelle, c’est naturellement le décroissance inéluctable, c’est à dire celle qui s’appliquera quoi qu’on fasse et qui se distingue de ce fait notamment de la décroissance dite volontaire, qui doit être classifiée en tant que décroissance illusoire.

Parallèlement à la promotion de cette notion, nous devons également développer l’idée que la survenue de la décroissance inéluctable crée une situation révolutionnaire de fait (au sens institutionnel du terme), au contraire du projet de décroissance volontaire qui, lui, vise à maintenir les peuples dans une stratégie réformiste.

A propos de Christian Laurut 77 Articles
Chercheur indépendant en organisation sociétale

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