Écologie & Démographie

Fin 2011, officiellement le 31 octobre, la population mondiale a franchi le cap des 7 milliards et nous sommes aujourd’hui presque 7 milliards 200 millions. Relativement stable pendant 1500 ans, l’effectif de la population a connu une croissance exponentielle entre 1800 et 2000 : rien qu’entre ces deux dates, la population mondiale a été multipliée par sept ! Plus impressionnant encore : il aura fallu 100.000 ans pour atteindre le premier milliard et seulement 12 ans pour « gagner » le dernier… Or nous vivons sur une planète aux dimensions finies et il va bien falloir que notre expansion s’arrête un jour ne serait-ce que pour des raisons de place ou de ressources : on ne peut croître indéfiniment dans un monde fini. La nature n’est-elle d’ailleurs pas en train de nous rappeler à l’ordre ?

Une planète qui se dégrade et s’épuise

Si la population a pu croître de cette façon, c’est en premier lieu parce qu’on a pu la nourrir et cela n’a été possible qu’avec l’utilisation massive des énergies fossiles. On peut citer, les intrants (engrais, pesticides) issus de la chimie du pétrole, le carburant qui fait tourner les machines agricoles et qui permet aussi d’approvisionner les centres urbains (voire carrément certains pays qui ne produisent pas assez pour nourrir leur population). Globalement, notre mode de vie (chauffage, déplacements,…) est très énergivore. Le problème est que les réserves fossiles que la Terre avait mis des centaines de millions d’années à mettre de côté auront été dilapidées en 2 ou 3 siècles (en fait chaque année nous brûlons des réserves que la planète a mis de l’ordre d’un million d’années à constituer). D’autre part cette combustion aura été responsable du réchauffement de la planète : plusieurs degrés supplémentaires prévus d’ici la fin du siècle (et encore si cela ne s’emballe pas). Et comme cela ne suffisait pas, nous avons en plus mis œuvre des techniques que nous ne maîtrisons pas totalement. Nous utilisons par exemple l’énergie nucléaire, mais nous ne savons pas correctement démanteler les centrales et encore moins ce que nous allons faire des déchets à longue durée de vie, à part les enfouir avec tous les risques que cela comporte pour les générations futures.

Après cette question énergétique, vient immédiatement celle de la disponibilité en eau douce. Il faut savoir que l’ONU estime qu’un être humain doit pouvoir globalement disposer de 1.000 m3 par an. Or un certain nombre de pays sont déjà sous ce seuil (Afrique du nord, péninsule arabique, Burkina-Faso, Kenya, Rwanda, Burundi,…) et de nombreux autres sont en état de stress hydrique (1.000 à 1.700 m3) : Inde, Pakistan, Somalie, Éthiopie,… Or, certains de ces pays déjà vulnérables sont parmi ceux qui vont voir leur population augmenter le plus, et avec le réchauffement climatique, le problème sera encore accentué.

Il faut évidemment ensuite faire référence au problème de la surpêche : les trois quarts des espèces sont impactées par celle-ci à des degrés divers. De plus, les prises stagnent depuis 1990 alors que les capacités de pêche ne cessent d’augmenter et les individus capturés sont de moins en moins gros et de plus en plus jeunes. Au-delà des espèces qui entrent dans notre alimentation, se pose la question de toutes les autres et particulièrement de la méga faune avec laquelle nous sommes en concurrence en termes d’espace car nous ne pouvons que difficilement cohabiter avec elle. Il faut savoir que 97% des tigres et des lions ont été éliminés depuis le début du XXème siècle.

Outre les questions éthiques et esthétiques posées par l’élimination des espèces emblématiques se pose celle de la biodiversité en général puisque les spécialistes nous annoncent aujourd’hui une 6ème extinction. La disparition d’espèces fait partie du cours naturel des choses, cependant l’activité humaine a accéléré le rythme d’extinction, qui est aujourd’hui au moins 100 fois supérieur à son rythme naturel : d’ici à 2050, 25 à 50 % des espèces pourraient avoir disparu. Enfin plus égoïstement il faut savoir que la biodiversité peut encore nous apporter beaucoup sur le plan médical, ou simplement pour notre confort.

Il faut enfin mentionner la disparition des forêts qui sont, entre autre, un puits de carbone pendant leur croissance. Les zones vierges de la planète sont inexorablement colonisées du seul fait de l’expansion humaine. Selon la FAO, environ 13 millions d’hectares de forêts disparaissent chaque année sur Terre : c’est l’équivalent du quart de la France, soit un terrain de football toutes les 1,5 secondes.

Pour conclure sur cette partie concernant l’épuisement de la planète, il faut savoir que certains scientifiques nous annoncent un effondrement pour la fin du siècle (voire même avant). Dernier en date (été 2012) Dennis Meadows (physicien, co-auteur du rapport «Les limites de la croissance» publié dans les années 70). Et bien sûr Jared Diamond (biologiste et géographe) auteur de l’ouvrage «Effondrement» qui retrace l’histoire de civilisations anciennes qui se sont effondrées car elles n’ont pas su adapter leur mode de vie aux contraintes environnementales. Si ces scientifiques en arrivent à ces funestes conclusions, c’est en partie du fait des travaux du Global Footprint Network (Réseau empreinte globale), organisme à l’origine des indicateurs écologiques suivants.

L’empreinte écologique

L’empreinte écologique par tête, en nombre d’hectares globaux (un hectare global est un hectare qui aurait la productivité moyenne de la planète. Et donc si 1 hectare local a une productivité de 20% supérieure à la moyenne il est alors comptabilisé comme 1,2 hag) par habitant, est la « surface nécessaire pour produire les ressources qu’un individu consomme et pour absorber les déchets qu’il génère ». L’empreinte moyenne mondiale est de 2,7 hag. Les empreintes les plus fortes sont bien entendu le fait des États du Golfe, des USA, du Canada, de l’Europe, de l’Australie et du Japon, mais aussi de pays plus improbables (Mongolie, une grande partie de l’Amérique du sud, Mexique, voire même en Afrique avec la Libye, la Mauritanie et le Botswana). On ne peut cependant pas se contenter de l’empreinte seule pour mesurer l’impact d’un pays. En effet si un pays génère des nuisances écologiques, il crée aussi des services écologiques : c’est ce que l’on nomme sa biocapacité.

La Biocapacité, en nombre d’hectares par habitant, est la « surface disponible pouvant assurer la production des ressources et l’élimination des déchets ». En résumé : surface nécessaire pour l’empreinte et surface disponible pour la biocapacité … débit … crédit. La biocapacité moyenne mondiale est de 1,8 hag et l’on voit tout de suite que l’humanité vit au-dessus de ses moyens (2,7 > 1,8) avec donc un dépassement de 0,9 hag.

Si l’on tient compte (comme il se doit) de cette biocapacité, et que l’on classe les pays suivant le solde empreinte moins biocapacité, cela change pas mal de choses… On remarque que les pays les moins ”vertueux” ne sont plus exactement les mêmes. Les États-Unis se retrouvent en 18ème position derrière plusieurs pays d’Europe (Belgique, Pays-Bas, Suisse, Macédoine, Danemark, Italie, Royaume-Uni, Grèce). On remarque aussi la place de la France (33ème) qui est due non pas à notre empreinte qui est déjà assez forte (4,9) par rapport à la moyenne mondiale (2,7), mais à notre biocapacité (3,0) qui se nous situe au-dessus de la moyenne (1,8).

Il peut être intéressant de comparer notre biocapacité individuelle (3,0) avec celle du Bangladesh (0,4). Ce pays, situé dans une zone très favorable à l’agriculture, a une biocapacité à l’hectare supérieure de 22% à la nôtre, mais du fait d’un effectif de population excessivement élevé, 157 millions d’habitants pour un territoire quatre fois plus petit que le nôtre (!), et bien la biocapacité disponible pour chaque bangladais n’est plus que de 13% de celle dont dispose un français…

Intéressons-nous maintenant à l’évolution dans le temps de l’empreinte et de la biocapacité par tête : au niveau mondial, sur une cinquantaine d’années, l’empreinte a augmenté de 2,3 à 2,7 hag (+0,4) avec beaucoup de fluctuations. Par contre la biocapacité a diminué régulièrement et inexorablement de 3,2 à 1,8 hag (-1,4). Même si l’empreinte n’avait pas augmentée, nous serions quand même en déficit de 0,5 hag. Le dépassement écologique (solde) est donc principalement causé par la baisse de la biocapacité, elle-même due à l’augmentation de la population mondiale.

Comme on l’aura compris, la biocapacité (per capita) d’un pays dépend de sa surface et de sa population et elle est donc est reliée à sa densité.

Les densités de population

La densité de population est le rapport entre la population et la superficie. On a tout d’abord le cas de la France en 2013 : population (63,9 millions), superficie (552.000 km²) et densité (116 hab/km²). On peut donc retenir que nous sommes un peu au-dessus de 100 hab/km² et que nous disposons chacun d’un carré d’un peu moins de 100 mètres de côté. Dans le pays, digne de ce nom, théoriquement le plus densément peuplé au monde, le Bangladesh, un individu ne dispose plus que d’un carré de 32 mètres de côté…

Si l’on excepte les petites îles et les cités-états, les 20 pays les plus densément peuplés sont, dans l’ordre : Bangladesh, Palestine, Corée du Sud, Liban, Rwanda, Pays-Bas, Inde, Burundi, Haïti, Israël, Belgique, Japon, Philippines, Sri-Lanka, Salvador, Vietnam, Royaume-Uni, Jamaïque, Allemagne et Pakistan. Quatre sur vingt sont situés en Europe (Pays-Bas, Belgique, Royaume-Uni, Allemagne) et huit sur vingt sont des pays développés. Si l’on considère que la densité est un facteur d’engorgement, on constate alors à ce stade que contrairement à une idée assez répandue, la surpopulation ne touche pas que les pays du sud.

Arrêtons-nous maintenant sur le cas de la France : située à la 40ème position, cette place pourrait laisser penser que sa densité n’est pas trop élevée. Or, il faut tout d’abord remarquer qu’il y a tout de même plus d’une centaine de pays moins densément peuplés. Ensuite, on peut raisonnablement se poser la question du bien-fondé d’être 300 à 350.000 personnes supplémentaires régulièrement tous les ans : une ville de la taille de Nice à bâtir pendant cette même courte période et (la cause de bétonnage n’étant cependant pas imputable uniquement à la démographie) un département de la taille de l’Isère (c’est-à-dire un des plus grands) artificialisé tous les 10 ans : excusez du peu…

Il faut enfin savoir que ces densités ne sont évidemment pas figées et que dans certains pays, elles vont beaucoup progresser d’ici le milieu du siècle. Voici d’ailleurs la liste dix pays qui seront alors les plus densément peuplés : densité comprise entre 300 et 500 hab/km² (Nigeria, Ouganda, Pakistan et Malawi); densité comprise entre 500 et 1.000 hab/km² (Burundi, Rwanda, Inde, Philippines et Haïti); densité supérieure à 1.500 hab/km² (Bangladesh).  Parmi ces pays, trois sont plus grands que la France (Pakistan, Nigeria, Inde). Si nous avions, en 2050, la même densité que ces trois-là, nous aurions respectivement : 218, 259, ou 284 millions d’habitants ! Autant dire que la vie serait infernale. Et pourtant les indiens, les nigérians et les pakistanais devront faire avec…

Ces surpopulations locales annoncées impactent évidemment les statistiques planétaires puisque les projections (moyennes) onusiennes, constamment revues à la hausse ces dernières années, sont les suivantes : 9,6 milliards en 2050 et 10,9 milliards en 2100.

Face à cette prospective et à tous les maux cités, que peut-on faire ?

On pourrait être tenté de réduire l’impact écologique de l’humanité en ne se préoccupant que de la stabilisation (voire de la baisse) de la consommation mondiale, sans se soucier du facteur population, c’est-à-dire en la laissant augmenter comme il est prévu (en gros, + 50% d’ici 2100 avec le passage de 7,2 à 10,9 milliards d’êtres humains). Idée séduisante, mais qui équivaudrait à dire que pour stabiliser (ou réduire) cet impact écologique de l’humanité, on pourrait aussi laisser la consommation augmenter de 50% et se concentrer uniquement sur la stabilisation (voire la baisse) de la population. Qui oserait soutenir cette seconde piste ? Or la première, qui est pourtant tout à fait équivalente sur le plan de l’efficacité, est souvent la seule, politiquement correct oblige, qui soit aujourd’hui envisagée…

Un autre élément à prendre en compte est l’évolution des consommations à fécondité constante. On entend parfois dire qu’un habitant du Nord a une empreinte dix fois supérieure à celle d’un habitant du Sud. Eh bien, sans même tenir compte de la biocapacité, imaginons qu’une famille occidentale se contente de deux enfants (taux de fécondité actuel des USA) et qu’une famille du Sud en ait six (chiffre que les pays suivants dépassent ou égalisent : Niger, Tchad, Somalie, Angola, Ouganda, Burundi, République Centrafricaine, RDC, Mali et Burkina-Faso), tout ceci à fécondité constante.

En partant d’un couple, après trois générations, on obtient le nombre d’enfants suivant : au Nord (2, 2, 2) et au Sud (6, 18, 54). A la 1ère génération, la famille du Sud consomme 5 fois moins que celle du Nord : 1(2 + 6) = 8 contre 10(2 + 2) = 40. Mais dès la 3ème génération, la famille Sud a déjà rattrapé celle du Nord : 1(2 + 6 + 18 + 54) = 10(2 + 2 + 2 + 2) = 80. Cette simple simulation, qui ne prend d’ailleurs pas en compte une éventuelle (et souhaitable) augmentation de la consommation du sud, prouve qu’il est tout aussi important de maîtriser la natalité au Sud que de faire baisser la consommation au Nord…

Comment freiner la croissance démographique ?

Dans les pays du Nord, où l’on peut considérer que l’accès à la contraception est correct, il peut cependant encore être amélioré et en France il a même été récemment rendu gratuit pour les mineures. On pourrait cependant sensibiliser nos concitoyens sur le fait, qu’à l’avenir, une réelle démarche écologique passe, individuellement, par l’autolimitation de la procréation et collectivement par le plafonnement des allocations familiales à 2 enfants (sans effet rétroactif évidemment), ce qui permettrait d’ailleurs aussi de résoudre en partie la question de la surnatalité de certains départements d’Outre-mer (Mayotte, Guyane, Réunion).

Dans les pays du sud, les outils de maîtrise de la natalité sont bien connus : il s’agit de la Planification Familiale, de l’éducation des filles (très en retard sur celle des garçons), du recul de l’âge du mariage (à 16 ou 18 ans) et de la lutte contre les mariages forcés. Il faut savoir que selon le dernier rapport de l’UNFPA (Fonds des Nations-unies pour la Population) intitulé « Oui au choix, non au hasard », chaque année 222 millions de femmes des pays en développement sont en demande insatisfaite de contraception. En conséquence, il y a 80 millions de grossesses non désirées par an, dont 40 millions se terminent par un avortement. Finalement 40 millions de naissances ne sont pas désirées, à rapprocher des 80 millions d’êtres humains supplémentaires que la planète accueille tous les ans.

Par ailleurs, et peu de personnes en ont conscience en France, les autorités des pays concernés par la croissance démographique s’interrogent. On peut citer entre autre : Asif Ali Zardari (président du Pakistan), qui le 11 juillet dernier s’inquiétait de la « disproportion entre la croissance de la population et la disponibilité des ressources », ou encore Joyce Banda (présidente du Malawi) qui a déclaré le 6 juin dernier que « son gouvernement ne parvient pas à construire suffisamment d’écoles et d’hôpitaux pour répondre à l’accroissement de la population » et enfin Goodluck Jonathan (président du Nigeria) qui il y a un an déjà, le 27 juin 2012, déclarait que « son gouvernement ne pouvait pas rester les bras croisés et attendre que l’effectif de la population devienne incontrôlable ».

Enfin, au niveau des instances internationales, certains responsables sont parfaitement conscients de la situation, comme en témoigne cette déclaration de Koffi Annan (Secrétaire général des Nations Unies de 1997 à 2006) dans un documentaire diffusé par Arte en avril 2012 et intitulé ”La pilule contre la misère ?” : « Si nous continuons dans cette voie, si nous ne faisons rien pour enrayer l’accroissement de la population, nous allons en payer le prix, nous allons nous retrouver dans un monde surpeuplé. La démographie a un impact sur le développement économique, sur l’environnement et sur les ressources de la Terre qui sont limitées.»

A propos de Denis Garnier 1 Article
Président de l'association "Démographie Responsable"

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