Pic pétrolier et point de déplétion

Dans mon article précédent, j’ai exposé l’historique succinct de l’exploitation des ressources naturelles par l’homme depuis qu’il est sur terre. Pour rappel, il est là depuis environ deux millions et demi d’années, maîtrise le feu depuis quatre cents mille ans, la métallurgie élémentaire depuis trois à six mille ans et la métallurgie industrielle depuis trois cents ans. La métallurgie industrielle, c’est la production d’acier par réduction des oxydes de fer au coke (houille distillée) au lieu du charbon de bois. Depuis environ un siècle et demi, une dernière ressource naturelle est exploitée, le pétrole.

Bien que connu depuis quelques milliers d’années car affleurant en surface, le pétrole ne fut réellement exploité que depuis le milieu du XIXème siècle. S’il ne participe pas directement à l’élaboration de l’acier, il en est devenu l’acteur majeur dans la mesure où il fait fonctionner les machines. Avant le pétrole, les machines ne fonctionnaient principalement que par gravité, l’eau qui subit la loi de la pesanteur et descend des montagnes. Avec le pétrole, la machine devient autonome, se déplace et travaille n’importe où. C’est pourquoi tout, absolument tout de ce que nous connaissons, n’est accessible que par l’énergie produite en brûlant ce produit magique, le pétrole.

C’est aujourd’hui une évidence pour les géologues mais bien sûr pas pour les économistes, politiques, journalistes et homme de la rue, le pétrole est une ressource naturelle à caractère fini. Dés que l’on puise dans le stock, celui-ci diminue.

Pour exploiter le pétrole, il faut d’abord le découvrir. Le pétrole qui sera exploité ne pourra être que celui qui aura été découvert. Il suffit donc de reporter sur un graphe les découvertes annuelles et de tracer la courbe de production pour prédire ce que celle-ci pourra être dans les prochaines décennies.

Graphe des découvertes annuelles

Les principales découvertes eurent lieu dans les années 60. Depuis, nous ne découvrons plus rien de substantiel. Les dernières découvertes, Mer du Nord et Kazakhstan ne peuvent inverser la relation découvertes/production, nous savons aujourd’hui que tous les champs de Mer du Nord sont sur le déclin.

Il est illusoire de croire que nous trouverons de nouveaux champs. Malgré l’utilisation de technologies sophistiquées en matière d’exploration, nous ne faisons simplement qu’améliorer la connaissance des champs existants.

Courbe de production

Nous entendons parler du pic de production, beaucoup moins du point de déplétion. Le pic est difficile à situer dans le temps. Si la courbe ressemblait au Cervin, ce serait facile de positionner le pic, mais elle ressemble plutôt au Ballon d’Alsace. Par contre, le point de déplétion est le point de croisement de deux courbes, facile à localiser. Il eut lieu vers 1980, c’est indiscutable.

Depuis plus de trente ans, nous produisons plus que nous ne découvrons, nous épuisons le stock. La suite est inéluctable, la production ne peut que croître puis décliner. Que le pic ait lieu en 2020, 2030 ou plus tard ne change rien au problème, un jour la production pétrolière déclinera.

Que peuvent en être les conséquences?

Dans l’état actuel de nos connaissances et donc de notre technologie, rien ne peut remplacer le pétrole en quantité et en qualité. L’hydrogène est un résultat de processus industriel extrêmement sophistiqué qui ne fonctionne que grâce au pétrole, il en est de même pour le nucléaire. Quant au charbon, il est deux fois moins énergétique que le pétrole et ne fait fonctionner que des machines à combustion externe, on ne fera jamais voler un avion avec du charbon. Puis le bois, deux fois moins énergétique que le charbon.

Si rien ne peut remplacer le pétrole, le déclin de production de celui-ci entraînera de facto le déclin de l’accessibilité aux autres ressources naturelles.

Tous les schémas économistes considèrent les ressources naturelles comme un flux dans lequel il suffit de puiser. Les seules variables ne sont que les investissements et le travail. Pour produire de la richesse, il suffit donc d’investir et de travailler. Malheureusement pour les économistes, nous venons de voir que les ressources naturelles essentielles à l’industrie ne sont pas un flux mais un stock et de ce fait sont un élément supplémentaire à prendre en compte dans le processus de création de richesses. Tous les schémas sont donc faux, la crise actuelle le montre. Pour sortir de la crise, il ne suffit pas d’investir et de travailler, il faudrait pouvoir augmenter la quantité de ressources naturelles à exploiter, à transformer. Ceci n’est pas possible et la croissance économique ne pourra que s’évanouir.

C’est pourquoi le pic est si important. Contrairement au point de déplétion qui lui ne se voit pas car il n’implique aucun changement particulier, le pic, par contre, implique la fin de la croissance, la disparition des modèles économiques actuels, un changement radical de paradigme.

A propos de Georges Turlin 6 Articles
Ingénieur en plate formes pétrolières

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