L’émergence d’une nouvelle doctrine politique dans les pays « riches/pauvres »

(Extrait d’un manuel d’histoire édité en 2100 de l’ère techno-artisanale et destiné aux élèves des classes de sixième)

Après 2030, les pays riches en PIB, mais pauvres en ressources fossiles, dont notamment l’Europe de l’Ouest et le Japon, furent couramment dénommés riches/pauvres, ce terme soulignant ainsi le problème de la pérennité de leur développement comparativement à la faiblesse de leur potentiel énergétique. Le souci principal de leurs gouvernements devenait alors le maintien du prix des carburants à un niveau acceptable pour la population, car si le principe du rationnement finissait par être admis comme une réalité incontournable, celui d’une augmentation des prix renchérissant les transports et les déplacements fut fermement refusé.

Dès lors, dans un souci de paix sociale garante de la stabilité du système en place, et afin de contrer les accusations sous jacentes d’imprévoyance, les gouvernements furent amenés, comme les partisans de la détaxe l’avait auparavant pronostiqué, à diminuer puis à supprimer totalement les taxes sur les produits fossiles. Ces mesures s’avérèrent toutefois insuffisantes, au delà d’un certain temps, pour maintenir les prix à un niveau raisonnable, c’est ainsi que les états en vinrent assez rapidement à subventionner les importations, c’est à dire à prendre en charge les coûts de transports, de stockage, de raffinage et de distribution conduisant ainsi naturellement à une nationalisation de tout le circuit de post-production.

Les matières fossiles (pétrole, gaz, charbon) furent de la sorte décrétées service public, les états supportant financièrement l’ensemble des coûts depuis l’achat de l’équivalent-baril jusqu’aux frais de livraison client (pompe, bouteille de gaz, bougnat, etc…). Ayant la maîtrise complète du circuit, les états devinrent en mesure d’établir eux mêmes des prix politiquement corrects, évitant ainsi l’accroissement trop rapide du mécontentement et s’achetant ainsi une conscience sociale dans un domaine où la suspicion du grand public restait très vive. En effet, dans ce contexte de rationnement résultant de l’insuffisance de la production, les masses restaient encore persuadées, avec raison, que la seule voie pour éviter les sur-profits capitalistes et l’enrichissement spéculatif des professionnels de la filière devait nécessairement passer par une nationalisation de l’ensemble du circuit de l’énergie fossile.

L’adoption par les états riches/pauvres du système la détaxe sous la pression de leurs opinions publiques, ouvrit de fait une brèche sans précédent dans le dispositif capitaliste. C’est ainsi que l’Europe de l’Ouest et le Japon se retrouvèrent entraînés dans un processus spontané de décapitalisation de l’énergie. En effet cette évolution radicale ne fut guidée par aucune doctrine révolutionnaire apparente, ni activisme déclaré mais amenée implacablement par une volonté populaire proche du concept de spontanéité des masses chère aux anarchistes.

De fait cette nationalisation de l’énergie, qui en préfigurera d’autres dans divers secteurs de l’économie, ne ressemblait en rien à une collectivisation de type communiste, car, dans ce cas de figure, l’Etat n’y obtenait aucun renforcement de pouvoir, mais jouait simplement un rôle d‘outil au service du peuple. Cette conception nouvelle, bien que non formulée, rejoignait de fait celle d’un mouvement apparu au début des années 2010, le Mouvement de l’Individu Responsable (MIR), qui restait alors confidentiel et purement intellectuel faute de volonté politique suffisante de la part de ses membres. La conception d’un état totalement au service de la population, investi d’un rôle purement gestionnaire de certains domaines économiques dans l’unique but de fournir au citoyen le meilleur rapport qualité/prix et laissant à ce dernier une liberté d’action sans précédent, était déjà détaillée dans un Manifeste paru début 2011.

C’est ainsi que certains courants informels issus de la lutte pour la détaxe, nombre de reliquats écologistes ou décroissants, une bonne partie des trotskistes en proie au doute dialectique, ainsi qu’un contingent substantiel d’anarchistes de droite comme de gauche commencèrent à se rapprocher de ce Mouvement qui, peu à peu, prit sa place sur un échiquier politique en pleine restructuration.

A propos de Christian Laurut 77 Articles
Chercheur indépendant en organisation sociétale

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