Vers un nouvel ordre énergétique mondial

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Au niveau mondial, un nouvel ordre énergétique vit le jour en 2030 après que les Etats Unis et la Fédération de Russie se soient réunis en secret à Sludianka, petite station touristique sur les bords du lac Baïkal en Sibérie, afin de se répartir les territoires pétrolifères entre eux et leurs alliés et décider d’encadrer définitivement l’utilisation des ressources fossiles jusqu’à son étiolement final.

Une conférence mondiale de l’énergie fossile (pétrole, gaz, charbon), appelée Grande Conférence, fut ensuite organisée, réunissant pays consommateurs et pays producteurs. Un seuil minimum de consommation, ou de production fut fixé pour participer à cette conférence. Ainsi les pays suivants furent représentés, par ordre d’importance décroissant:

Au titre de pays producteur/consommateur (5) : Etats Unis, Russie, Chine, Australie, Canada

Au titre de pays producteur (25) : Iran, Arabie Saoudite, Inde, Venezuela, Kazakhstan, Qatar, Afrique du Sud, Emirats Arabes unis, Iraq, Ukraine, Koweït, Nigeria, Angola, Turkménistan, Libye, Algérie, Indonésie, Colombie, Pologne, Brésil, Malaisie, Mexique, Norvège, Egypte, Azerbaïdjan, Tchéquie

Au titre de pays consommateur (12) : Japon, Grande Bretagne, Allemagne, France, Italie, Espagne, Belgique, Suède, Danemark, Hollande, Finlande, Autriche

Cette conférence des « 42 » réunissant des pays sélectionnés selon des critères chiffrés et apparemment objectifs (montant du PIB pour les pays consommateurs et montant des réserves fossiles cumulées en Gigatonnes équivalent pétrole pour les pays producteurs) se déroula en fait sous les auspices de trois non-dits de taille, officiant dans l’ombre :

  1. L’accord secret entre les Etats Unis et la Fédération de Russie, déjà cité, visant à s’assurer la maîtrise du dispositif
  2. La prééminence implicite des pays producteurs à dominante pétrole/gaz sur les pays producteurs à dominante charbon, cette ressource étant considérée comme problématique aux plans du rendement énergétique, des modalités de transport, des sous produits de raffinage et de son bilan carbone.
  3. L’influence politico-militaire des Etats Unis sur une majorité des pays producteurs de pétrole, et celle de la Russie sur presque tous les autres.

Ces trois paramètres occultes étant posés, la Grande Conférence accoucha des dispositions suivantes :

  1. Les pays signataires reconnaissent le droit des pays producteurs à disposer librement de leurs ressources fossiles et garantissent l’intégrité de tout pays producteur qui déciderait de réduire ou de supprimer ses exportations en vue de préserver ses ressources fossiles pour alimenter son marché intérieur.
  2. Les pays consommateurs garantissent aux pays producteurs le maintien de leurs revenus du pétrole et du gaz grâce à l’établissement d’une grille d’augmentation des prix établie sur 20 ans, ajustant ces derniers sur le taux de déplétion moyen établi par l‘ASPO (Association for the Study of Peak Oil). Ainsi la progression des prix du pétrole et du gaz sera fixée à 5% par an, taux moyen de déplétion annuelle résultant des différents modèles de cet organisme. La monnaie de référence choisie sera le dollar US constant, ainsi les prix du pétrole/gaz pourront être réajustés chaque année en fonction de l’indice des prix et du taux d’inflation US.
  3. Les pays producteurs s’engagent à respecter la fixation et l’échelle mobile des prix sur 20 ans arrêtées par la Grande Conférence, mais ils établiront librement leurs contrats commerciaux d’exportation avec les pays producteurs de leur choix pendant toute cette période.
  4. Les pays consommateurs sont invités à mettre en place un système de rationnement dont un modèle indicatif est établi par la conférence

Cet accord mit fin à l’effet yoyo et au caractère épisodiquement spéculatif du prix du pétrole/gaz en lui donnant enfin cette visibilité à long terme si souvent réclamée par les économistes. Il aura fallu pour cela attendre d’apercevoir le fond du puits, mais tout le monde se consola en se disant qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. De plus, toutes les parties y trouvèrent finalement leur compte. Les pays producteurs d’abord qui, bien qu’ayant pu sans doute rêver à de juteux sur-profits dans le futur contexte de déplétion, furent toutefois rassurés par la garantie d’intégrité de leur territoire donnée par la GC, se préservant ainsi du spectre d’une colonisation militaire par les plus forts. Les pays consommateurs ensuite, qui, acceptant par avance une augmentation importante, mais programmée, des prix de la ressource purent budgétiser et mener plus clairement leur nouvelle politique énergétique.

En acceptant par avance de payer la ressource de plus en plus cher, et jusqu’à un plafond placé très haut, ils se tranquillisaient certes dans la douleur, mais se donnaient ainsi la possibilité de tourner mentalement la page du pétrole vingt ans avant sa fermeture effective.

A propos de Christian Laurut 77 Articles
Chercheur indépendant en organisation sociétale

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