Qu’est-ce que la décroissance ?

Glossaire de la décroissance réelle : définition contradictoire du terme “Décroissance”

D’après le Dictionnaire Larousse, c’est l’action de diminuer progressivement en intensité, en quantité, etc. Cette définition ne prend pas en compte l’origine de l’ « action », ce qui signifie que la définition lexicale de la décroissance est ici celle de la constatation objective d’un état qui décroît, quelle que soit la nature de la dynamique interne du processus.

D’après Nicholas Georgescu Roegen, mathématicien et économiste dont les travaux ont abouti à la création du concept de décroissance aux alentours des années 1970, et en se référant plus précisément à son ouvrage scientifique majeur « The Entropy law and the Economic Process » paru en 1971 et résumé en 1979 dans un opuscule intitulé « La Décroissance », la décroissance du système industriel est inéluctable du fait de l’application des lois de la physique (notamment celles de la thermodynamique) et compte tenu du choix de ce système de se baser sur l’utilisation illimitée des ressources naturelles fines de la planète. Dans un autre ouvrage « Energy and economic myths » il dénonce également certains mythes économiques, dont celui de la production industrielle exempté de toute pollution. Selon Roegen, le système industriel ne peut éviter la pollution tant qu’il fonctionne, il ne peut pas non plus éviter sa décroissance à terme.

D’après Certaines mouvances se proclamant décroissantes, c’est une idéologie se donnant pour objectif de changer le mode de vie actuel, dénoncé comme culturellement néfaste, par un mode de vie supposé meilleur et apportant la joie de vivre grâce à la mise en place de mesures destinées à faire diminuer volontairement le produit intérieur brut (PIB) de la collectivité et de réduire – voir d’annuler – un certain nombre d’externalités négatives de la croissance, au sein d’un système capitaliste et oligocratique restant par ailleurs inchangé.

D’après les promoteurs du Capitalisme vert : (branche spécifique du capitalisme chargée de récupérer tout type de tendance décroissante), la décroissance est ni plus ni moins un argument économique permettant de développer des activités lucratives censées l’éviter, et permettre d’instaurer une croissance verte.

D’après ce que nous conviendrons de nommer les Imposteurs de la décroissance (dont nous aurons l’occasion de parler abondamment par la suite et qu’il est inutile de citer nominativement pour l’instant), c’est une technique politicienne utilisant le mot magique de décroissance en tant qu’argument de propagande permettant d’élargir sa base électorale par l’apport des bulletins de votes d’un certain nombre de similis décroissants

D’après les Effondristes (ou collapsologistes), c’est une idée selon laquelle la décroissance est une résultante inéluctable du processus industriel et constitue la première phase plus ou moins rapide d’un effondrement sociétal, également inéluctable

D’après les Représentants de l’oligocratie (voir la définition précise du terme oligocratie, plus loin dans ce glossaire), la décroissance est un accident de parcours, une altération de la croissance économique mesurée par une diminution du PIB, et devant être résolu au plus vite afin de reprendre le processus d’augmentation régulière. De ce point de vue les années 1975, 1993, 2009, et 2020 ont été des périodes décroissantes.

Pour les théoriciens de la décroissance inéluctable, dont je fais partie,  la définition de la Décroissance sera identique à celle donnée par NG Roegen, en précisant bien que ce terme ne sera employé que pour désigner un état constaté ou pronostiqué, mais jamais pour désigner un ensemble de mesures législatives destinées à faire diminuer la production de biens. Ce point est fondamental, mais souvent mal compris compte tenu des idées médiatiquement convenues et répandues. Son explication fait partie de notre travail de clarification au sein du maquis confusionniste de la mouvance décroissante. Au final, notre acception de la décroissance se rapproche de celle des effondristes, à savoir que nous l’interprétons également comme une résultante inéluctable du processus industriel, mais, à cette différence sensible, que nous considérons qu’elle peut – ou doit – être encadrée par un nouveau système économico-politique susceptible d’éviter l’effondrement.

Car nous soutenons l’idée que la décroissance n’est pas une idéologie, ni une philosophie, ni, encore moins, une religion, mais que c’est une réalité prochaine, une évolution inéluctable quoi qu’on fasse liée à la simple application des lois de la physique dont la société industrielle a cru pouvoir s’affranchir, évolution dont la première phase est sans doute déjà amorcée mais qui n’est pas visible à l’oeil nu. La date de survenue de la phase visible de cette évolution inéluctable dépendra toutefois d’un certain nombre de facteurs et, de ce fait, ne peut pas être fixée avec précision. En tant que théoriciens, nous nous efforçons de démontrer, chiffres à l’appui, que le système de la croissance est proche d’un état de banqueroute généralisée, c’est à dire d’une rupture fatale.

En conclusion, nous affirmons et répétons que la question qui doit être posée n’est pas tant de savoir s’il faut être pour ou contre la décroissance, mais bien plutôt de savoir comment et sous quelle forme il va être possible de s’adapter au déclin inéluctable de notre système industriel, tout en évitant l’effondrement.

A propos de Christian Laurut 77 Articles
Chercheur indépendant en organisation sociétale

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*